Le Fugitif de 1932.

– LE RHUM MARRON.

  • Première partie — La fuite à 18 ans.

Dans cette première partie consacrée au Fugitif de 1932, nous vous racontons le début d’une histoire liée aux événements de l’îlet Alcipe. Ces faits ont profondément marqué l’histoire de ce plateau, exploité par Alcipe à partir de 1919.

Le récit sera présenté en plusieurs étapes et couvrira la période allant de 1930 à 1936. Cette première partie est proposée gratuitement ; la suite sera accessible sur abonnement.

  • Aux origines de l’histoire.

Au début du XXᵉ siècle, dans le sud-ouest de la commune de Saint-Paul, au-delà des Trois-Bassins et jusqu’aux hauteurs de Saint-Leu, la culture du géranium connaît un véritable essor. De nombreuses familles créoles réunionnaises cultivent alors cette plante afin d’en extraire une huile essentielle, source de revenus indispensable pour leurs foyers.

Dans les hauteurs, les alambics font partie du paysage quotidien. Ils servent à distiller le géranium, dont l’huile est recherchée et vendue. Mais, pour certaines familles vivant dans une grande précarité, ces installations et ce savoir-faire peuvent aussi ouvrir la voie à des pratiques interdites.

  • Tout commence à Piton Saint-Leu.

Entre 1930 et 1932, une famille de huit personnes vit dans la région de Piton Saint-Leu, au cœur d’un territoire où la culture du géranium est florissante. La famille produit de l’huile essentielle, mais cherche également à augmenter ses revenus.

Le foyer compte quatre fille et garçons : l’aîné, âgé de 18 ans ; deux frères jumeaux de 10 ans ; et le plus jeune, âgé de 7 ans. Avec leur père, Julien, ils prennent la décision de se lancer dans une activité clandestine : la fabrication de rhum marron.

Pour produire cet alcool, ils s’inspirent du principe de distillation employé pour le géranium. Ils fabriquent un petit alambic d’environ vingt litres, composé d’une cuve et d’un serpentin. Des jerricanes servent à laisser fermenter le liquide pendant plusieurs jours, avant la distillation.

Grâce aux renseignements obtenus auprès de personnes ayant déjà pratiqué cette fabrication, la famille se lance dans une première expérience. À leur grande surprise, elle réussit dès le premier essai à produire un alcool consommable.

  • Une activité qui attire l’attention.

Dans les jours qui suivent, la nouvelle se répand dans le voisinage. Le rhum marron est d’abord partagé entre amis, puis la demande dépasse peu à peu le cercle familial et celui des cultivateurs proches.

Mais cette activité, menée dans la discrétion, ne reste pas secrète bien longtemps. Des rumeurs parviennent jusqu’à la gendarmerie.

Un jour, l’un des plus jeunes garçons est interrogé au sujet du rhum marron. Lors de son audition, il désigne son frère aîné comme responsable de la fabrication. Après cet interrogatoire, le cadet, âgé de 7 ans, rapporte les faits à son père et à ses frères.

La nouvelle provoque l’inquiétude au sein de la famille. Les gendarmes décident de convoquer l’aîné. En apprenant qu’il risque d’être interpellé, le jeune homme refuse de se présenter.

Sur les conseils de leur père Julien, les quatre frères cherchent d’abord à faire disparaître toute preuve compromettante. L’alambic, les récipients et les différents outils employés pour la fabrication du rhum sont enterrés, dans l’espoir d’éviter leur découverte par les gendarmes.

  • La fuite.

Peu après, craignant que les gendarmes ne viennent l’arrêter, l’aîné prend une décision radicale : il quitte le domicile familial.

Dans la nuit qui suit l’enterrement du matériel, le jeune homme s’enfuit sans prévenir personne. À l’aube, il s’enfonce dans les hauteurs de l’Ouest, en direction du Tévelave. Puis, il cesse de donner toute nouvelle à sa famille.

Dans les semaines qui suivent l’interrogatoire de ses jeunes frères, l’aîné est officiellement convoqué par la gendarmerie. Son absence rend toute audition impossible. Il est alors considéré comme le principal responsable de la fabrication illégale de rhum marron, probablement destiné à la vente, et fait désormais l’objet de recherches.

Les semaines passent, puis les mois. Personne ne sait où il se trouve.

Cette fuite marque le commencement d’une histoire qui conduira progressivement vers les hauteurs de l’îlet-Alcipe, un lieu isolé dont le destin sera bientôt lié àu récits Alcipe.

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